Je retrouve Cassandre sur la plage de Kerguélen.

On se met toutes les deux en maillot de bain, elle sous son super poncho serviette et moi sous ma serviette microfibre trop petite pour mon bassin. Puis, on se décide à rentrer dans l’eau, doucement. Cassandre avance dans l’eau, attentive et avec précaution. Tandis qu’on s’immerge de plus en plus, elle me parle de son rapport à la baignade. 

Elle évoque le souvenir d’une baignade de novembre il y a quatre ans, où elle avait trouvé refuge et apaisement dans l’eau. 

La baignade est venue d’un besoin de se réapproprier son corps, de le sentir. Maintenant, elle essaye de se baigner au moins deux fois par mois, même en hiver. C’est aussi bien une contrainte et un défi qu’elle se donne à elle-même, qu’un espace à elle où elle sait qu’elle se sentira bien une fois sortie de l’eau. Elle me confie en souriant être addicte à la baignade et s’être déjà sentie shootée en sortant de l’eau.

On se partage des sensations: l’anesthésie, les picotements, le flottement, le calme dans l’eau… Je suis surprise d’apprendre qu’elle a peur des vagues et que, pendant un moment, ça a été difficile pour elle de s’aventurer au-delà du bord. 

En parlant avec Cassandre, je sens que ses expériences de la baignade la rendent facilement consciente de son corps et alerte sur ses sensations. Elle connaît les endroits de son corps les plus durs à passer. Elle sait distinguer un frisson d’un tremblement. Elle sait écouter quand son corps n’a pas envie d’y aller en entier ou quand il a besoin de ressortir. Elle a appris aussi en restant trop longtemps dans l’eau et en ressortant la peau blanche et les lèvres bleues. 

On s’arrête de parler pour plonger nos épaules chauffées par le soleil. 

De retour sur la plage, Cassandre me parle du lien entre l’eau et son travail plastique. Elle a, au début de ses études aux Beaux-Arts, mis de côté l’écriture dans ses projets à l’école bien qu’elle continuait à écrire pour elle. L’écriture est revenue spontanément dans sa pratique l’année dernière, lorsqu’elle a commencé à noter ses sensations autour des baignades. Elle s’est sentie en adéquation avec ce qu’elle écrivait et cela lui a donné l’envie de partager ses écrits. Elle a le goût d’observer et de décrire avec attention ce qui se passe en elle ou autour d’elle. 

Petit à petit, son travail s’est élargi autour de la relation à la mer. Elle pratique aussi le glanage et a la volonté d’intégrer des composants de la mer dans son travail plastique : le sel, l’acidité, les algues, le verre poli…  

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