
Hyeonji Lee marchait un jour dans la rue avec son compagnon, quand ils sentirent tous deux l’odeur de l’herbe coupée. Lui, trouva l’odeur agréable tandis qu’elle, fut ramenée inconsciemment aux cimetières de montagne de sa Corée natale.
Cette expérience résume bien les inspirations de Hyeonji, qui note dans son téléphone des bribes de conversations et de confidences, à partir desquelles elle va tisser de nouveaux récits.
Elle s’intéresse à la notion de trace et d’oubli, en lien avec les sensations, la rémanence d’un objet ou d’un lieu dans le souvenir, la persistance d’une émotion à travers le temps.
Parmi ses références, Hyeonji convoque les installations de Chiaru Shiota, Christian Boltanski ou encore Suh Do Ho. On ne peut s’empêcher de remarquer que ces œuvres font monument, au sens étymologique du terme, du latin monumentum, ce qui rappelle, ce qui perpétue le souvenir1, dans une dimension souvent très collective.
Mais Hyeonji explore également une approche psychologique de la mémoire, en lien étroit avec l’intime et l’identité. Elle s’inspire pour cela d’auteurs tels que Marcel Proust avec À la Recherche du Temps Perdu (1913) ou Edouard Levé dans son Autoportrait (2005).
Après une formation de céramique en Corée, Hyeonji travaille pendant 2ans dans un atelier de fabrication de poupées en porcelaine. Elle part ensuite en France pour étudier aux Beaux-Arts, afin de libérer ses gestes plastiques de contraintes productivistes. Elle intègre l’école de Lorient en deuxième année, et se consacre depuis à la création d’objets en volume et au stop motion.
Hyeonji conçoit ses espaces d’exposition comme de micro-univers secrets, qui invitent les spectateur·ices à vivre une expérience totale. Les objets nous parlent et ses pièces sont conçues pour être activées, touchées, senties.
Il n’y a pas de limite aux matériaux qui peuvent entrer dans la construction de ces mondes. Mais l’artiste procède souvent d’une logique du modelage, de la sculpture et de l’assemblage, en associant par exemple objets anciens et pâte à modeler. Le sens olfactif prend également une place de plus en plus grande dans les préoccupations de Hyeonji, et elle prévoit de l’intégrer davantage à son travail dans les années à venir.
Cette année, elle poursuit notamment un projet intitulé Le Secret des Adultes, dans lequel elle évoque les peurs enfantines, leur absurdité mais aussi leur nécessité dans la construction du soi adulte.
Il se dégage des pièces de Hyeonji un mélange de poésie, d’humour et de mélancolie. En fait, on ne sait jamais trop si on va rire ou pleurer et on est invariablement ramené·es à l’enfance et à ses jeux très sérieux.
- Dictionnaire en ligne de l’Académie Française consulté le 22/09/2026. ↩︎
