Elisa n’a pas assisté à la semaine de rentrée en cinquième année, car elle se déplaçait à vélo pour chanter. J’ai eu l’occasion de la voir se produire à la guinguette A Dreuz le jeudi soir, de cette même semaine de rentrée. Entourée de ses compagnons, Elisa est souriante. Elle est dans son élément.  Sa voix se mêle avec celles des autres mais lorsqu’on la connait ne serait-ce qu’un peu, il est aisé d’y déceler son timbre et son intonation. 

Après avoir chanté et dansé, Elisa s’est mise à jouer du violon, se glissant avec harmonie entre les divers instruments. Son visage concentré laisse paraître des sourires discrets, de temps à autre. On remarque même parfois, son corps bouger au rythme de l’orchestre. Animée, elle jette de petits coups d’œil à ses amis dans l’assemblée, leur propose de danser ou cherche simplement cette complicité.  Lorsque j’écoute Elisa parler à la fin de la soirée, je l’entends nous confier qu’elle était stressée.  J’en suis franchement étonnée parce que ce n’était pas visible. 

Le CRI (Collectif Roulant Interartistique) est un collectif créé il y a quatre ans par une bande de copains venus de tous horizons artistiques : musique, arts visuels ou encore du spectacle vivant. Dans une volonté de partager leurs tournées à vélo avec d’autres, ils postent régulièrement des appels à participations sur internet.

Elisa rejoint le Cri l’année dernière lors de sa troisième tournée, motivée à l’idée de partager cette découverte avec d’autres amies. Munie de son violon, et du souvenir d’une marionnette de limace oubliée chez elle, elle participe à la chorale et au bal folk, jouant de la musique pendant 2 semaines au sein de ce groupe. 

Lors de son apprentissage du violon, dès l’âge de 7 ans, Elisa n’a jamais appris à jouer des musiques folks et dansantes. Habitée par la possibilité d’apprendre grâce au répertoire partagé par le Cri, de découvrir et de sortir de sa zone de confort, elle s’est lancée dans cette aventure sans trop savoir ce qu’elle allait en faire. 

Observer les gens danser au rythme de sa musique, ainsi que l’opportunité de danser avec eux, lui a tellement plu qu’elle a réitéré l’aventure l’année suivante.  

Cette année. 

Cette fois-ci, elle n’a pas seulement participé à la tournée finale mais elle s’est impliquée dans son organisation, en visio ou en résidence directe à droite à gauche pour pouvoir s’entraîner avec l’ensemble de ses compagnons. Découvrir l’avant tournée fut très intéressant et important pour elle. Faire face à l’envers du décor, découvrir les enjeux, faire des choix. Finalement, avoir conscience de tout ce que cela engendre, d’autant plus suite au départ de plusieurs premiers participants du Cri. 

Lorsqu’elle parle de son aventure, elle insiste à plusieurs reprises sur la vie en communauté qu’elle a aimé partager grâce à la bonne énergie du groupe.  Elle revient sur la liberté que cela lui a apporté, la possibilité de tester des choses sans peur de jugement et sans pression : finir des choses à la dernière minute, pouvoir faire des choses qu’elle ne connaît pas comme les portés de cirque ou jouer un morceau qu’elle vient tout juste de découvrir. Accepter que ce soit bancal lui fait du bien en comparaison aux enjeux qu’elle retrouve dans l’école des Beaux-Arts qui l’empêche parfois d’oser.

Elisa aimerait continuer ces tournées après son diplôme. Elle participe désormais à des cours de musique bretonne en collectif avec le conservatoire de musique de Lorient. Mais ce qu’elle aimerait vraiment, c’est rencontrer des musiciens de musique folk pour pouvoir s’améliorer, prendre des conseils et accroître sa sensation de légitimité à jouer devant des publics et les faire danser.

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