Colin,
En lisant ta lettre, je me suis rendu compte que je n’avais jamais vu ce film, à mon grand regret car, un peu comme tout le monde, j’aime beaucoup les films de Miyazaki. Dès que j’ai terminé la lecture de ta lettre, je me suis empressé de chercher le film que j’ai donc vu récemment pour la première fois.
Dans cette notion de « republication », il est en effet intéressant de noter que ce film a existé avant sous la forme d’un manga. Les passages d’un medium à un autre (ici du livre/manga au film) sont des processus de créations courants pour les designers graphiques ; en général plutôt dans l’autre sens, du film au livre.
Ton analyse des différents films est très intéressante.
Dans ta lettre, je trouve l’affiche de la version américaine et ton analyse sémiologique très pertinente. Je serais curieux de savoir s’il existe d’autres affiches de ce film, et à quoi elles ressemblent, si elles répondent aux mêmes injonctions. En comparaison, as-tu pu analyser une affiche du film japonais ? Ce serait intéressant aussi de voir les différentes versions qui existent en fonction des différents films.
Aujourd’hui, les affiches de films sont souvent différentes d’un pays d’exploitation à l’autre, il existe donc rarement d’affiches officielles d’un film ; elles procèdent souvent d’adaptations (republications?) propre à chaque pays, sans doute culturel.
En voyant ce film, difficile de ne pas faire de parallèles avec l’autre grand classique de Miyazaki “Princesse Mononoké“, réalisé 10 ans après. Il m’a semblé percevoir de nombreux points communs entre les deux films : les thématiques abordées, les personnages, le scénario/progression (agressions de la nature en préambule, liens à la nature tout au long du film, affrontement de points de vue, dénouement violent). Je me suis demandé à quel point était-ce conscient ou volontaire de la part de Miyazaki.
D’ailleurs, il existe d’autres exemples dans le cinéma de réalisateur.trices qui ont tourné 2 fois le même film, soit un remake, soit une réécriture (sans doute plus proche ici), très souvent motivés par plus de moyens la seconde fois. Encore un autre exemple de « republication ».
Comme tu le dis si bien : « Le but était de voir comment, en retravaillant les visuels et en sortant les scènes choisies de leur contexte d’origine, il était possible d’évoquer des thèmes nouveaux ». On comprends bien ton intention et son intérêt dans une forme de discours. En ce sens, serait-ce possible d’aller plus loin et t’autoriser plus de liberté dans l’exploration d’une vision plus personnelle et incarnée, tout en conservant bien sûr l’aspect poétique qui se dégage déjà de tes visuels animés ? Je veux dire d’imaginer ces animations que tu réalises dans un interstice — graphique, scénaristique ou autres — entre les différents objets que tu convoques ? Je crois que dans cette notion de « republication », de larges marges de manœuvre sont possibles, selon où tu souhaites te situer. D’une manière plus direct : jusqu’où peux-tu transformer la source tout en restant dans une forme de « republication« .
Je ne peux m’empêcher de penser à la notion de revival, très présente dans la création typographique. Voici une liste de postures possibles :
Revivals / reconstitutions / réhabilitations
Anthologies / études / remixes
Imitations / clones / contrefaçons
Révisions / réévaluations / réinterprétations
Hommages / tributs / panégyriques
Encores / suites / reprises
Extensions / variations / produits dérivés
Caricatures / parodies / farces
Je te joins ce court texte (aussi disponible à la bibliothèque de l’école) qui traite de la notion d’auctorialité — autorité de l’auteur.trice — qui peut être intéressante à croiser avec la notion de ”republication”.
Par ailleurs, as-tu réfléchi aux contextes et dispositifs possibles de monstration de tes animations? De quelle(s) manière(s), à quelle échelle, où et comment, avec du son, etc. Je pense que ces aspects ne sont pas nécessairement à décolérer de tes propositions animées en soi mais pourraient au contraire participer pleinement à leurs existences. Est-ce une réflexion à avoir sur la re-publication ?
En visionnant le film, ce qui m’a tout de suite frappé, dès les premières scènes, c’est la musique. Mis à part quelques thèmes assez classiques pour un film d’animation, plusieurs morceaux abordent un style électro/funk très original pour un film d’animation japonais (un peu à la Herbie Hancock hahah) — certes sans doute lié à l’époque mais quand même ! J’ai fait quelques recherches rapides et je n’ai pas trouvé grand chose à ce sujet, à part le thème principal joué par des orchestres.
En tout cas, j’ai trouvé ça vraiment très cool et surprenant…
Désolé si mon message ressemble un peu trop à un « suivi » enseignant.e/étudiant.e. Que veux-tu, les déformations professionnelles ne s’effacent pas aussi vite.
Je serais ravi de voir l’évolution de ton projet et quelle(s) forme(s) il prendra par la suite. N’hésite pas à me réécrire si tu le souhaites.
Bien à toi,
Roman

