Ali a plus d’une corde à son arc : journaliste, artiste et militante. Depuis son entrée à l’EESAB, elle cherche à lier toutes ces pratiques entre elles. Ayant fait une école de journalisme à Lannion en Bretagne, c’était le travail d’enquête et de documentaire qui l’intéressait dans ce cursus. Le soin qu’elle donne à la recherche d’informations et de témoignages dans sa pratique artistique possède une place importante.
La première rencontre avec Ali, c’était lors du workshop de rentrée en septembre 2024. Pas encore inscrite à l’école, elle venait voir ce qui se tramait aux beaux-arts. Depuis, elle a initié de nombreuses productions, de manière autonome mais aussi et souvent en collaboration.
Avec Florian Truillet, les deux compères développent une série de planches de bande dessinées autour des accidents dans le milieu de la pêche. Florian donne vie à travers ses dessins aux recherches et interviews menés par Ali auprès de Laurent Tréguier, capitaine d’un chalutier mais aussi de l’institut maritime de prévention.
Sa pratique artistique s’axe autour de la photo, de la vidéo et de la performance. Elle pense son art comme “un acte de communication dont le moyen de diffusion privilégié est l’espace public”. Elle initie son travail d’investigation avec comme point de départ un territoire, un lieu ou encore un paysage.
Par exemple à Beg Léguer (Lannion), elle a travaillé la performance et la vidéo, repeignant avec Aziliz, un bunker entièrement en rose. Celui-ci était un lieu de cruising1, qui avait déjà été peint de la même
couleur il y a quinze ans, cet acte l’outant2. La démarche d’Ali vise à fixer une intention claire cette fois-ci : marquer la présence gay dans un lieu rural.
Le tissu possède aussi une place importante dans la pratique d’Ali. Elle l’utilise pour réaliser différentes pièces, notamment des grandes banderoles cousues à la main aux couleurs vives : “coucou tu vas bien”, “on y survivra promis”, “personne ne sera laissé derrière”, “haut les coeurs”, “tpg prêt·es à riposter”3.
Ou encore pour questionner l’appropriation culturelle en reprenant la tendance de mode “brazilcore”4, en cousant à l’intérieur d’une veste aux couleurs du drapeau brésilien, une représentation schématique de femmes noires en habit blancs (référence aux femmes de Bahia5 ou aux cult leader afro-brésilienne) puisque ce sont elles qui ont construit le Brésil et qui continuent à le faire.
Pleine d’entrain et énergique, toujours tournée vers les autres, elle n’hésite pas à porter des messages politiques haut et fort.

Vue photographique du Bunker Rose, création collaborative faite avec Aziliz.
- Cruising : La drague gay, drague homosexuelle ou cruising décrit le fait de rechercher des relations sexuelles et/ou amoureuses avec des partenaires du même sexe, dans des lieux publics ou privés, dans la vraie vie ou sur le web, de manière impersonnelle ou non. https://fr.wikipedia.org/wiki/Drague_gay ↩︎
- Out : Se dit d’une personne qui a annoncé être trans ou non binaire (ou LGBT+ de façon générale). https://wikitrans.co/lexique/ ↩︎
- TPG : Abréviation de Transpédégouine.
La notion TPG ou TPBGI+ (trans pédé bi gouine inter +) est activement et radicalement politique, un mouvement académique intellectuel à son origine. À ne pas confondre avec le terme LGBTQIA+ qui est un sigle populaire plus consensuel souvent lié à la marche des fiertés et à une simple exposition d’orientations sexuelles et identités de genre avec peu voire pas de revendication politique. https://fr.wiktionary.org/wiki/TPG#fr ↩︎ - Voir Alexandre Marain, Tout ce qu’il faut savoir sur la tendance Brazilcore.
Dans la veine du retour des tendances des années 2000… Mais pas que. Publié le 31 août 2023 sur vogue.fr. https://www.vogue.fr/tendance-brazilcore-mode ↩︎ - Voir Lenilda David, Bahianaises : femmes noires de Bahia, Personnages de cartes postales, travailleuses urbaines, muses de chansons. Publié le 31 décembre 2000 sur africultures.com. https://africultures.com/bahianaises-femmes-noires-de-bahia-1682/ ↩︎

