Derrière le pseudonyme Toto.raph se cache un photographe dont la pratique s’ancre dans les luttes sociales et l’image des militants. Ce pseudonyme est né pendant les Gilets Jaunes à Lorient, en 2019. Les militant·es l’appelaient « Totographe », celui qui photographie les « totos », les autonomes dans le langage militant.  

Photographe depuis une dizaine d’années, Toto.raph a intégré le Master en Arts visuels pour le journalisme en septembre 2025. Une reprise d’études pensée comme un espace de recherche, de réflexion et d’expérimentation autour de sujets qu’il explore déjà depuis longtemps sur le terrain : les mouvements radicaux, les formes d’autonomie, et les dynamiques collectives d’émancipation, développant un regard attentif sur les pratiques du Black Bloc et la culture autonome. 

La fascination de Raphaël pour l’image remonte à l’enfance. Dans sa famille, la photographie occupait une place discrète mais vivante : les vieux appareils argentiques de son grand-père, notamment un Rolleiflex, les compacts numériques du début des années 2000, et les livres de Doisneau ou d’Atget qui traînaient à la maison. À cela s’ajoutait une culture cinématographique nourrie dès le plus jeune âge, qui a contribué à façonner son sens de la narration et du cadre. 

Très tôt, il s’amuse à faire des courts métrages et des montages photo ou vidéo avec ses ami·es. Au lycée, la spécialité arts plastiques renforce son attrait pour la photographie et le pousse à suivre les cours du soir de photo argentique aux Beaux-Arts de Lorient, où il découvre la matérialité du tirage et la patience du laboratoire. 

Autodidacte passionné, il passe de longues nuits sur les forums de photographie à explorer les techniques anciennes comme contemporaines, du cyanotype à la prise de vue grand format, en passant par le numérique. Son parcours se consolide ensuite par un BTS photographie, où il acquiert une solide formation technique (optique, sensitométrie, gestion de la lumière), puis par un diplôme de photo documentaire et d’écritures numériques, au contact de photographes, vidéastes et ingénieurs du son professionnels. 
Un temps pigiste pour la presse nationale, il finit par s’éloigner du journalisme pour revendiquer une approche plus libre, critique et artistique de l’image documentaire. 

Ancrée dans le réel, la pratique de Toto.raph se situe dans la photographie documentaire. Son travail interroge autant la représentation médiatique des luttes que la manière dont les individus s’y inscrivent, s’y exposent et s’y racontent. 

Depuis son arrivée à l’EESAB, il approfondit ses recherches à travers des portraits, des mises en scène et des entretiens sonores. Sa démarche s’appuie sur une observation patiente du terrain autant que sur une construction esthétique précise. Il travaille principalement en numérique, en couleur ou noir et blanc. Pour les portraits, il utilise souvent un flash, cherchant une frontalité presque cinématographique. 

Son attention au travail des couleurs est centrale : il y consacre des heures, ajustant teintes et contrastes avec une rigueur quasi picturale. Il tire régulièrement ses images en argentique couleur grand format, pour un rendu plus doux que l’impression jet d’encre. Raphaël produit également de petites brochures imprimées en laser noir et blanc, des objets modestes, accessibles, à diffuser librement en cohérence avec la politique d’autonomie qu’il revendique. 

Depuis peu, le son et la vidéo occupent aussi une place croissante dans sa pratique. Il enregistre des voix, des récits et des discussions qui prolongent ses photographies et donnent à entendre les pensées, les doutes et les désirs des personnes qu’il rencontre. 

Pour Toto.raph, la photographie n’est jamais un simple témoignage. C’est une recherche sur les modes de représentation, une tentative de fabriquer un contre-récit face aux discours dominants. 

« L’autonomie, c’est la libération des possibles », aime-t-il rappeler. 
C’est cette idée qu’il met en œuvre dans sa pratique : affirmer des formes de vie et de pensée en marge, rendre visibles des réalités qui échappent aux cadres du pouvoir et des médias. 

Aujourd’hui, à l’EESAB, il poursuit une démarche où recherche théorique et pratique artistique se nourrissent mutuellement. En travaillant sur les notions d’autonomie, de lutte et de représentation, Toto.raph cherche à redéfinir la place du regard dans la construction des récits politiques contemporains. 
Entre rigueur documentaire, esthétique militante et expérimentation plastique, son travail se situe là où l’image devient outil d’émancipation.