Toujours, en main : un objet.
Un appareil photographique.
Argentique, souvent, numérique parfois.
Un objet qui transforme la lumière en images noir et blanc.
Extension de plastique et de métal qui prolonge son œil, et agit comme une main tendue.
Toujours, habitant un coin de son être : des lieux.
Des attaches.
Des paysages urbains.
Toujours, au creux de son oreille : le bruit de la mer.
Au fond de son œil :
Des paysages côtiers,
Finistère, Morbihan ;
Des paysages alpins,
Savoie, Haute-Savoie, Isère.
« Penser avec la mémoire du lieu, ce n’est pas se faire l’affidé d’un style, c’est au contraire chercher à saisir l’esprit du temps et à lui donner son pouvoir de résonance au sein d’un tissu qui existe déjà, et qui est lui-même faits de temps contractés et pliés ensemble1.”
Toujours, imprimée dans sa mémoire musculaire : une suite de gestes, qui s’opèrent dans un ordre qui n’appartient qu’à l’instant même.
Marcher.
Observer.
Admirer.
Armer.
Déclencher.
Imprimer.
Marcher encore.
Chercher.
Arpenter.
Découvrir.
Faire vite.
Capturer.
Développer.
Archiver.
Léandre est animé par l’envie de rencontrer les personnes qui habitent les territoires qu’il parcourt, appareil photo en poche. Le geste photographique est un geste de rencontre.
Il cherche à rendre, par une composition d’images très travaillée, des portraits les plus fidèles possible aux émotions et aux histoires transmises par ces gens, animaux, gestes, architectures, paysages, dont il a croisé le chemin.
Cette masse immense d’instants capturés – fichiers numériques, pellicules développées, tirages photographiques, constitue ses archives personnelles.
Parfois, elles restent cachées dans un disque-mémoire, un classeur, jusqu’à ce que l’image se révèle, qu’enfin, la raison du geste photographique s’éclaircisse.
D’autres fois, Léandre partage ses photographies. Elles sont souvent reliées dans des éditions, ou prennent forme de cartes volantes. Dans tous les cas, elles passent de main en main, se partagent et se propagent, comme Léandre lui-même a cheminé et rencontré, accueilli et partagé. Pour lui, le graphisme et l’édition permettent de transmettre au mieux les instants vécus dans les photographies qu’il saisit.

© Léandre Bellin
- Jean-Christophe Bailly, La phrase urbaine, Paris, Fiction&Cie, Seuil, 2013, p. 79. ↩︎

