Née dans une ville continentale où l’Europe rencontre l’Asie au cœur des montagnes, Anna Zaletaeva est hantée par le mot “frontière”. Baignée dans les contes autour des minéraux et des forêts, elle tend à s’éloigner des vastes territoires bétonnés et de la fermeté des esprits qui les habitent.
Attirée par la maîtrise du geste et la rigueur, Anna réalise une première licence en design de mode, le rêve de son enfance. Tout juste diplômée, elle commence à travailler dans ce secteur qui finira par la dégouter. Obsédée par l’envie de partir et tout recommencer ailleurs, elle finit par s’échapper. Lors d’une arrivée nocturne dans une ville côtière, au bout d’un port, Anna découvre « un territoire vide que ses yeux n’arrivent pas à dépasser ». De là, sa fascination pour la mer débute. Elle s’installe immédiatement en Bretagne. Elle y entame une seconde licence, premièrement à L’Ecole Européenne Supérieure d’Arts de Bretagne (EESAB) de Brest puis à Lorient où elle travaille principalement des médiums manuels tels que la peinture, la gravure et la sérigraphie. L’occasion de réaliser un semestre Erasmus à Palerme en Sicile, se présente. Elle y découvre une nouvelle ville côtière ainsi que de nouvelles façons d’y vivre. Une fois revenue, elle obtient son diplôme national d’art en option communication et débute son deuxième cycle d’études toujours à Lorient. Cette fois-ci c’est la mer Baltique qui l’appelle, elle repart six mois à Kiel en Allemagne. De retour à Lorient pour sa dernière année de master, Anna travaille aujourd’hui essentiellement sur ordinateur car son mode de vie est plus compatible avec l’espace numérique. « De plus, les logiciels [lui] permettent d’arriver aux visuels recherchés. La transparence et la superposition des couches sont des aspects auxquels [elle] porte une attention particulière. Ils sont inspirés par les strates océaniques et par la frontière entre les espaces aquatique et aérien. La mise en page est forcément liée aux endroits précis. Le choix de papier et de support joue un rôle essentiel aussi, il faut que le papier accomplisse le message. »
L’océan est l’élément central de ses recherches et productions graphiques. Anna questionne les frontières maritimes ainsi que la visualisation des cartes du monde en travaillant à partir de ses marches le long des sentiers côtiers et de ses plongées dans la mer d’Iroise. Très inspirée par la littérature océanographique, aux rapports d’études et aux infographies, elle s’inspire d’artistes et écrivains tels que Nicolas Floc’h, Robertina Sebjanic ou Anita Conti. En relation à son « terrain de création océanique », elle réalise des éditions, des caractères typographiques, des photos argentiques et numériques, des projections, affiches et images imprimées.

