Le 4 novembre, nous nous sommes rendu.e.s au Moulin des Princes, à Pont-Scorff. Nous avons rendez-vous avec Aurélie, d’Eau et Rivières de Bretagne (ERB), Anne-Claire, qui anime la Commission Locale de l’Eau (CLE) pour le Scorff, et Soazic, de l’Assemblée Permanente des Présidents des CLE de Bretagne (APPCB).
Nous sommes tous et toutes autour de la table, au rez-de-chaussée. Il fait un peu frais au Moulin des Princes, la présence de l’eau peut-être, ou l’encaissement dans le bas Pont-Scorff. Mais l’écoute est attentive, tenue, longue, et même douce, quand Aurélie, puis Anne-Claire, et Soazic, nous racontent: d’abord le projet (Re) Sources, auquel nous participons, puis le fonctionnement des Commissions Locales de l’Eau, avec les fameux SAGE (Schéma d’Aménagement et de Gestion de l’Eau).
Nous entrons jusqu’aux genoux et sans nos bottes, puis jusqu’au cou, dans la complexité.
Le bassin versant du Scorff recoupe plusieurs territoires administratifs : le 56, le 29 et un petit bout du 22, vers Mellionnec et Langoëlan. De plus, le Scorff, tout au long de son chemin vers la mer, a pour voisin diverses personnes physiques et morales, humaines et autres qu’humaines: des industries, des agriculteurs, des activités minières, des ouvrages (des lacs, des pêcheries, des lavoirs, des moulins, des berges…), des élevages, des pêcheurs… Autant d’activités qui ont un impact sur les eaux que nous buvons (puisqu’à Lorient nous buvons, littéralement, le Scorff).
Comment mettre tout ce monde autour de la table pour discuter des nombreuses problématiques liées à la rivière ?
C’est la mission d’Anne-Claire, qui anime la Commission Locale de l’Eau pour le Scorff.
Or, le Scorff va moins bien qu’avant. Il a été en mauvais état, puis en meilleur état, mais il est aujourd’hui dégradé. L’année dernière, seulement 49 saumons ont été dénombrés lors de la remontaison.
Anne-Claire anime la CLE depuis 2009.
Cette commission s’est d’abord réunie pour mener un état des lieux de l’eau. « Au début, les commissions thématiques qui se sont occupées de tout ça étaient très très ouvertes, tout le monde pouvait y participer », nous dit Anne-Claire. Il y avait beaucoup d’énergie et le désir que ça fonctionne. Les participant.e.s ont défini des enjeux, des objectifs et des actions pour les atteindre: ils et elles ont écrit le SAGE-Scorff (il faut savoir que le SAGE est opposable: il permet de contrôler et de réguler, avec le soutien de la loi, tous les projets qui ont un impact sur l’eau. La CLE, cependant, qui examine les dossiers, n’a qu’un avis consultatif).
Aujourd’hui, Anne-Claire accompagne la CLE dans la mise en place d’actions pour atteindre les objectifs définis par le SAGE. Elle met également à disposition ses connaissances et ses compétences pour comprendre les LSE (Lois Sur l’Eau), en amenant des éléments techniques.
La CLE veille au bon état de l’eau (chimique, biologique), à la diversité des espèces, elle cherche à faire appliquer la loi qui demande la continuité écologique – c’est à dire la libre circulation des poissons à tout moment de l’année et la circulation suffisante des sédiments.
L’idéal, c’est une rivière qui méandre, qui déborde, qui vit.
Aurélie se demande, nous demande : « Comment est-ce que nous souhaitons nous occuper de notre eau ? En la gérant comme une entreprise, ou avec une vision, qui sous-tend nos actions, pour la préserver ?, une vision de ce que nous souhaitons pour notre monde ? » C’est ce que tente d’ouvrir le programme de recherche « (Re)Sources », auquel nous participons: instituer des communautés de l’eau, réunies autour d’une approche sensible et culturelle des usages de l’eau.
Voilà l’endroit depuis lequel nous pouvons parler, nous, artistes: en fabriquant de nouveaux récits, pour faire advenir le monde que nous souhaitons ardemment voir advenir, dans lequel nous occuperons notre condition de terrestres parmi les terrestres.
Je pense à mon amie Laura, danseuse et philosophe, qui vit dans la montagne et qui dit que tout irait mieux si on libérait entièrement l’eau.


