Notre première découverte collective de Scorff démarre dans Lorient. Nous traverserons des lieux stratégiques, qui bientôt me montreront nos contradictions.

En partant de l’hôpital du Scorff nous suivons la promenade qui mène jusqu’à l’ancienne décharge de Kerdual, l’actuel parc du Bois du Château. Je me demande comment les questions de santé publique peuvent créer de tels contresens : un lieu de soin qui fait face à un estuaire souffrant ; un GAEC1 construit sur une ancienne décharge, qui alimente le quartier… Pouvons-nous vraiment nous soigner au sein d’un écosystème malade ?

J’observe l’espace que nous avons laissé vivre dans ces milieux urbains. Ce qui subsiste, s’adapte… Tout ce que je parviens à entendre à travers le passage des voitures, celui des trains ou bien des sons assourdissants des usines longeant Scorff.

Il y a cette dame, cachée derrière des buissons, qui ramasse des Cyclamens. Dentelles de couleurs complémentaires à ses voisin.e.x.s.

Les chants des oiseaux guident mon regard, iels restent malgré tout insaisissables. Je tente de démêler Lierre grimpant, voir ce qu’iel cache. Un petit enfer pour une daltonienne, les feuilles vertes et les fruits rouges dansent en riant.

J’avance vite. Je passe sous les Pins. Je sais qu’il y a souvent des Merles qui jouent proches du chemin. Aujourd’hui j’entends des Pies Bavardes qui sont perché.e.x.s au loin. Je trouve des traces, humaines ou animales ? Une touffe d’herbe posée sur un banc. Une boule de poils dans un petit creux…

J’ai tout oublié. Je ne me rappelle plus comment je me suis rendue compte qu’iels étaient là. Ce n’était plus ce qui importait.

Iels sont quatre ? Ou cinq peut-être. Iels courent vite, iels sont très réactif.ve.x.s. Je maudis tous les humain.e.x.s qui passent trop proches et les effraient. Je ne sais pas ce qu’iels farfouillent et mangent, je n’ai pas une assez bonne vue pour savoir. J’aime les rongeurs, les Rats Bruns ne font pas exception. Pourquoi détestons-nous les cousins de nos animaux de compagnie ?

Les rivières forment nos habitats, impossible de vivre loin de l’eau. Nous ne sommes pas les seul.e.x.s à vivre à ses dépends. Nous ignorons qui habite proche de nous. Nous avons oublié que les rivières et leurs berges foisonnent d’habitué.e.x.s. Nous l’avons oubliée elle-même. Ce que l’on croit vrai modèle la réalité. Nous avons cru la rivière vide. Aujourd’hui, seulement quarante neuf Saumons sont passé.e.x.s par Scorff, contre des centaines il y a quelques années. Scorff ne sort pas de son lit pour l’instant. Iel laisse les Rats brun se nourrir sur sa berge. Je me demande à quoi ressemble cet endroit quand l’eau monte. La cime de Saule Tortueux serait sûrement visible.

La route se rapproche de Scorff et les Pins s’éloignent. C’est bien plus facile de repérer les oiseaux dans les petits Robiniers. J’arrive donc à apercevoir plusieurs Mésanges Bleu.e.x.s mais également un.e Grimpereau des Jardins. Beaucoup d’autres chantent et crient. Mésange Charbonnière, Pouillot Véloce et Moineau Domestique sont touxtes proches. De l’autre côté de la route, parmi les habitations, Pigeon Ramier et Choucas des Tours nous donnent leurs opinions. Et comme toujours sur l’estuaire de Lorient, Goéland argenté passe prendre de nos nouvelles.

Mes oreilles bourdonnent. La ville est bruyante et les oiseaux chantent fort. Retrouver ses sens n’est pas aisé. Je sais que le brouhaha nous aide à ignorer les choses. Comme mes oreilles fatiguent, je regarde, et alors je vois ce qui fait moins de bruit, ce qui est plus discret. Chevalier Guignette, qui inspecte la plage, marche à travers des Fucus. Je vois Scorff aussi, et comme iel part loin. Il y a encore du chemin à parcourir avec ellui.

  1. Groupement Agricole d’Exploitation en Commun ↩︎