“Je me suis dit : on perd notre langue, et j’aimerais bien savoir ce que pensent mes frères et sœurs”. Avec cette phrase, la série podcast Naam de Rahma Baradji, trouve son origine. Dans chaque épisode, on écoute la voix de Rahma qui interroge les membres de sa famille sur la perte de leur langue Soninke, et on écoute la voix de chacun raconter son point de vue sur le sujet. C’était le point de départ de Rahma. Elle s’est ainsi lancée dans un parcours artistique fait d’exploration du passé, de documentation de l’histoire familiale, de la mémoire et de la perte. Tout au long de cette enquête, elle aborde des problématiques de société : le mariage forcé, le mariage polygame, l’excision et le retour au “bled”.

Sur la table de travail de Rahma, on trouve des photos des Bâtes, son quartier à Dreux, dont quelques-unes ont été prises par des enfants qui ont participé à un atelier qu’elle a organisé sur l’histoire de leur quartier, intitulé Raconte moi ton quartier. On trouve aussi des éditions qui rendent compte du parcours suivi pour mener ses enregistrements sonores à Kervenanec, “le quartier fantôme des Bâtes, à Lorient”, comme elle le nomme. Dans son espace de travail, de temps à autre, il y a aussi des écrans sur lesquels elle diffuse les transformations des espaces qui lui ont servi de chambre au fil du temps, chez sa mère, à Dreux, et à Lorient. 

À côté de sa table, on trouve encore un énorme rouleau sur lequel elle a tracé une carte spatio-temporelle de sa famille, depuis la naissance jusqu’aux voyages effectués par chacun. Il s’agissait au départ d’une approche visant à organiser toutes les informations enregistrées dans le cadre du podcast Naam. Cette carte n’était pas destinée à être montrée. À travers des lignes qui se croisent et des formes organiques qui regroupent des informations et en éloignent d’autres, elle visualise les perturbations et les déplacements qu’elle a vécu, et nous donne une image de la complexité de ces parcours.

En parallèle, dans son mémoire, Rahma étend ces notions en utilisant des images provenant d’archives familiales, qu’elle augmente de ses écrits personnels. Cette écriture était inspirée par des romans autobiographiques et des analyses sur la langue Soninke qu’elle lisait pendant le confinement, en 2020. Cette période d’isolement, durant laquelle elle avait “un mental breakdown” comme elle dit, lui a permis d’analyser les témoignages collectés et de soulever la question de la mémoire et de ses distorsions. On y trouve aussi des papiers calques sur lesquels sont écrits des souvenirs éparpillés, provenant de la période où elle vivait au Mali, de ses cinq ans et demi à ses huit ans. 

Après son diplôme, Rahma envisage de continuer cette enquête, tout en développant ses compétences dans la vidéo. Elle aimerait travailler avec des réalisateur.ice.s de films documentaires et pourquoi pas explorer à nouveau son histoire familiale à travers ce médium.