Pour comprendre le mot « woke », il faut déjà élargir l’expression à « Stay woke ». Cette notion, que l’on doit au chanteur Leadbelly en 1938, suggère de rester éveillé, en état d’alerte face au danger du racisme. Selon l’historien français Pap Ndiaye, spécialiste de l’histoire sociale américaine et des minorités, cette expression a « cheminé de façon diffuse à la façon d’une simple expression entrée dans le langage courant sans pour autant produire une unité de sens. »

Alors, quel sens peut-on aujourd’hui donner à cette expression ? C’est d’abord l’éveil de ces minorités, une prise de conscience et de confiance à revendiquer pour imposer une égalité concrète des droits entre tous les êtres humains, quel que soit leur genre, leur couleur de peau, leur sexualité, leur statut social, leur âge ou encore leur handicap. C’est aussi une tentative pour que des individus et des institutions qui ne semblent pas concernés par les combats de ces groupes minoritaires en prennent conscience.

L’usage du terme « woke » est récent. En 2013, à la suite d’assassinats de jeunes Afro-américains par la police des États-Unis, le mouvement Black Lives Matter est créé et l’expression « Stay woke » revient à la mode et s’impose sur les réseaux sociaux. Le mot seul « woke » est retenu au Québec, notamment par l’essayiste Mathieu Bock-Côté qui lui confère une approche péjorative, entre ridicule et danger pour la société. En France, le mot est particulièrement utilisé dans le champ politique, lors de cette campagne présidentielle, de façon péjorative, par les candidats et les essayistes les plus conservateurs. Ils utilisent le mot-valise « woke » et son dérivé « wokisme », un mot qui n’existe pas en anglais, pour désigner, de manière floue, un ennemi invisible qui menacerait de prétendues valeurs républicaines. Leur objectif ? Faire peur par une menace fantôme qui inquiéterait la République française. Apporter une réponse patriotique et conservatrice. Diviser pour mieux régner. Mais est-ce antirépublicain de réclamer l’égalité des droits et la justice pour tous ?